Fonds Léon fredericq : De la recherche À la vie

"ILS NOUS SOUTIENNENT...NOUS LES SOUTENONS"

Le Télévie

Depuis plusieurs années, le Fonds Léon Fredericq et le Centre Anticancéreux ont à cœur de pouvoir proposer lors de leur appel à candidature annuel  plusieurs dizaines de subsides forfaitaires de fonctionnement  destinés aux aspirants FNRS, doctorants FRIA et doctorants Télévie en vue de compléter le crédit annuel associé à leur mandat. En 2015, ce sont 57 jeunes chercheurs qui ont ainsi pu bénéficier d’une bourse « complémentaire » de 2.500 euros. Dont 32 lauréats Télévie.

Cette année, avec les moyens qui sont les siens, le Fonds Léon Fredericq a décidé d’offrir à ces mêmes jeunes chercheurs des bourses allant jusqu’à 5.000€.  Une volonté d’amplifier son aide aux jeunes chercheurs bien sûr, mais une volonté également de faire perdurer et enraciner les collaborations avec les centres de recherche dans un souci de cohérence et de complémentarité et ce au profit de la Recherche.

Parmi les collaborations qui en découlent, celle, historique, avec  le Télévie.   A la manœuvre de cette super-organisation : le Professeur Vincent Castronovo. Rencontre avec ce Docteur en médecine, en sciences biomédicales expérimentales, Directeur du Centre  de recherche sur les métastases au GIGA-Cancer de l’Université de Liège et figure emblématique liégeoise de la lutte contre le cancer.


« Le Télévie », valeur fédératrice

Le Télévie a été créé en 1989 à l’initiative de RTL et du FNRS, les Professeurs Arsène Burny et Jacques Boniver étant à ce moment membres de la commission « cancérologie » du FNRS. Quand je suis rentré des Etats-Unis, j’ai trouvé cette initiative remarquable parce qu’elle augmentait les moyens de la recherche en cancérologie qui souffrait d’un manque d’investissement. La population reprenait son autorité sur la gestion de cette recherche. Avec l’intervention du média RTL-TVi couplé avec BEL RTL, le Télévie a pu commencer à engranger des dons plus importants.

Pour Liège, c’était Jacques Boniver qui était responsable des activités. L’idée était basée sur le bénévolat, puis on s’est rendu compte que les chercheurs pouvaient éventuellement s’impliquer. Ainsi, chaque centre qui recevait un peu d’argent devait non seulement chercher au niveau scientifique, mais aussi de l’argent. Ils devenaient des doubles chercheurs : chercheurs d’or et chercheurs de solutions pour le cancer.

Cela m’a motivé et d’emblée j’ai décidé de créer des activités. La première était le cabaret Télévie au casino de Chaudfontaine, la première a été un grand succès. Tous les professeurs de l’Université ont  participé à un karaoké sur scène suivi d’une soirée dansante. C’était remarquable ! Au vu  de cette belle réussite,  tant en terme de participation qu’en terme de bénéfices, nous avons décidé de répéter cette soirée de nombreuses fois.

Lorsque Jacques Boniver décidé d’arrêter, il m’a demandé de reprendre l’organisation. J’ai accepté et ai décidé de m’investir de manière importante dans cette activité. En 2011, j’ai eu un cancer de l’œsophage, j’étais incapable de faire quoi que ce soit cette année-là. Après être passé de l’autre côté, la motivation était d’autant plus grande. C’est important de savoir au niveau moral que les autres se battent pour vous, qu’il y a des gens qui se battent indirectement pour la recherche. C’est très motivant, j’ai pu mieux comprendre le rôle de cette action Télévie. C’est une opération remarquable qui dégage des valeurs essentielles de différentes natures. Première valeur, c’est la solidarité, une valeur fédératrice, les gens aiment se retrouver autour de causes nobles. Une valeur de moins en moins présente car notre société est davantage pour l’isolation médiatique. Nous sommes bloqués chacun dans notre carcan médiatique avec notre smartphone, dans une communication stérile via des réseaux sociaux qui sont entrain d’anéantir la communication humaine originale. Pour que cela marche, il faut réunir les gens autour de cette valeur de manière vraie, de donner une responsabilité par rapport à la recherche.


Multiplier les projets

Au fil du temps temps, nous avons décidé de multiplier les actions en impliquant davantage les étudiants. Je me suis dit « il y a des étudiants en pharmacie, en dentisterie et en médecine, qui ont l’objectif d’aider les autres », or ils n’ont pas l’occasion de développer ce côté solidarité. On est tous un peu « selfish », tournés davantage vers soi-même. Je leur ai proposé de participer à la vente des produits Télévie. « Vous avez un TP de biologie en voici un autre d’humanisme ». Il faut être créatif et trouver des solutions. Il me semblait également important de leur enseigner à donner sans vouloir recevoir.. Cette sensibilisation des étudiants à la cause fut un grand succès. Ils sont toujours plus nombreux à s’impliquer. Vraiment s’impliquer. L’élaboration de ces activités prend du temps, beaucoup de temps. Heureusement, je suis solidement secondé. Il faut continuellement trouver de nouveaux et meilleurs retours sur investissement. Parmi nos activités, il y a « ULg’s got talent » pour lequel je me suis inspiré de l’émission Belgium got’s talent, le petit déjeuner du CHU, le tournoi des trois raquettes à Verviers, les boules des sapins à l’intérieur du CHU,  des  concerts avec le soutien d’artistes sensibilisés à la cause,  la vente d’œuvre d’artistes liégeois, l’organisation de blind-test, … : ajoutons que certains chercheurs ont même pris l’initiative de vendre des crêpes et des gaufres etc…

Mais le grand évènement de l’année écoulée, c’est sans doute les 24h vélo dans le hall du CHU de Liège. Il y a eu un véritable engouement pour cette manifestation. Les participants ont adoré se retrouver tous ensemble pour cette course à pédaler durant 24h. Il y a eu une ambiance de folie et nous avons pu  récolter 30,000 euros. C’est un évènement que nous réitèrerons c’est certain ! Impressionné par le côté fédérateur, le président des commerçants de la Ville de Liège, a même demandé pour le faire dans le centre-ville.

 

Fonds Léon Fredericq-Télévie, concurrence ou complémentarité ?

Il n’y a pas de compétition quand on parle de recherche contre la maladie. Le Fonds Léon Fredericq a comme objectif de supporter la recherche médicale liégeoise alors que le Télévie a comme objectif de supporter les centres de recherches francophones. Ce qui signifie qu’un effort fait à Liège pour le Télévie va avoir un impact positif sur toutes les universités. Un effort fait à Liège par le Fonds Léon Fredericq aura un retour essentiellement « liégeois ».

Liège obtient environ 2,5 millions sur les 8 millions attribués aux chercheurs de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Evidemment, ce n’est pas proportionnel aux contributions des Universités et Hôpitaux mais ce n’est pas notre problème. Le vrai problème c’est de faire avancer la recherche.

Le Télévie  2016 en quelques chiffres…

En 2016, 169 projets ont été déposés au Télévie dont 33 mandats qui seront prolongés. Sur les 136 autres dossiers, 72 projets de doctorants ou de post doctorants ont été retenus. Au 1er octobre, au total, ce sont 183 chercheurs qui seront rémunérés par le Télévie. Cette année, grâce à la générosité des gens, c’est 10.141.650 euros qui ont été versés au Télévie. 2,5 millions iront aux chercheurs Liégeois. Un record absolu !


Certains chercheurs estiment que les soutiens financiers à la recherche sont insuffisants, qu’en pensez-vous ?

La situation économique actuellement est difficile, il en va de même pour la recherche. L’argent qui est destiné au FNRS se réduit. Le mode de sélection a changé et on a un système de monopolisation. C’est-à-dire que les plus gros laboratoires ont le plus d’argent et les petits qui sont parfois des graines pour devenir grands n’ont plus l’opportunité de grandir. Cela peut devenir un métier intéressant pour les fous passionnés un peu comme moi qui y croit mais il y a une souffrance des chercheurs. Par ailleurs, si l’on a un grand nombre de chercheurs brillants et méritants, certains, malheureusement, ont une attente de résultat ou de succès immédiat sans s’investir complètement dans leurs recherches.. Et cela, ça ne marche pas. Il y a une règle, pour obtenir quelque chose, il faut le mériter. Pour tirer le meilleur d’un champ, il faut labourer, arroser, il faut le travailler tout le temps. Finalement on ne peut pas prendre le risque d’une diminution de la qualité des chercheurs car on peut ainsi créer un cercle  vicieux, moins de détermination, moins de travail moins de qualité de recherche donc moins de publications de haut niveau et ainsi moins de partenaires et de financement. On est davantage en compétition, ce qui implique une politique d’excellence à laquelle tous les chercheurs se doivent d’adhérer. Seule l’excellence permettra à la recherche de continuer à se développer grâce aux financements qu’elle aura obtenus.