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A LA LOUPE / EXPO : la Leçon d'Anatomie

Pratiquer la médecine et y recourir, c'est aussi, au-delà des techniques mises en oeuvre, affronter les interrogations les plus fondamentales qui se posent depuis toujours aux humains.

L'exposition « La Leçon d'Anatomie - 500 ans d'histoire de la médecine » présente un ensemble unique de quelque 120 oeuvres où Art ancien et Art contemporain mêlés montrent bien la variété de nos attitudes devant les fragilités de notre condition.

Découvrez les coulisses de cette exposition avec Marie-Hélène JOIRET, Commissaire de l'exposition et Directrice du Centre wallon d’art contemporain “La Châtaigneraie”.

 

Marie-Hélène Joiret,  vous êtes Commissaire de l’exposition organisée dans le cadre des 30 ans du CHU de Liège, pourriez-vous retracer l’histoire de ce projet ?

Ce projet est né dans le cadre du trentième anniversaire du CHU de Liège. Il a été mené avec Louis Maraite, Directeur de la communication du CHU de Liège. Notre souhait étant de rassembler plusieurs idées dans un même projet.

Tout d’abord l’histoire de la médecine, cela s’impose puisque nous parlons du CHU de Liège. Pour ce faire, Geoffrey Schoefs, historien, a travaillé sur l’histoire de la médecine à Liège sur les 500 dernières années ce qui nous a aidé à réaliser cette exposition. Il a fait une série de recherches tant historiques que artistiques.

Ensuite, un autre aspect touchait plus précisément le CHU de Liège aujourd’hui, à savoir que nous avons reçu des photos de coupes de cellules agrandies de la part du GIGA Neurosciences. Elles évoquaient de manière assez drôle l’art abstrait. L’idée est venue de faire un parallèle entre ces photos qui évoquent l’art abstrait et des œuvres d’art abstrait. Cependant, il fallait éviter de donner un statut d’œuvre d’art à ces photos puisque cela reste des photos scientifiques. Ainsi, nous avons fait une recherche pour trouver des œuvres qui correspondaient.

Par ailleurs, nous souhaitions illustrer au niveau des artistes contemporains leur intérêt pour la médecine et le corps humain.

Enfin, il nous semblait primordial d'évoquer le bâtiment du CHU en tant que tel puisque lui-même contient des œuvres d’art dont des lambris d'artistes belges et étrangers conçus sous l'impulsion de Vandenhove qui les a intégrés au bâtiment.

 

Quel était votre rôle dans la mise en place de cette exposition ?

Celui de chef d’orchestre. Mon rôle était à la fois de mélanger les différents aspects et de les assembler mais aussi d’assurer une scénographie qui soit claire.

Nous avons travaillé à plusieurs, essentiellement Geoffrey Schoefs et moi, pour essayer de rendre les choses  lisibles et attractives. Je pense que nous y sommes parvenus dans le sens où une exposition uniquement sur l’histoire de la médecine, cela aurait intéressé uniquement les gens spécialisés dans ce domaine mais au risque d’être pesant avec toute une série de planches anatomiques. Une exposition uniquement contemporaine cela aurait été pareil.

Notre cible est très large, elle concerne les personnes intéressées par la médecine mais aussi l’art contemporain. L’exposition est relativement complète car elle aborde toute l’histoire de l’art puisqu’il y a des œuvres anciennes et récentes. Ainsi, le mélange des deux fait que c’est assez dynamique. Il y a des choses assez drôles, des petits clins d’œil rendant cela un peu plus « peps » et plus interpellant. Cela permet de réfléchir, de faire réfléchir et de se dire que finalement les artistes contemporains n’ont plus tout à fait la même fonction qu’avant.

Au 19eme siècle, avec l’arrivée de la photo, on s’aperçoit qu’il y a encore des artistes qui s’intéressent au corps humain. Il reste la première chose à laquelle on est confronté, ce qui a de plus intime, qu’ils peuvent illustrer de différentes manières.

Avez-vous eu des contacts directs avec des médecins ou des chercheurs dans la mise en place de cette exposition?

Quelques contacts, oui, mais ils ne sont pas intervenus davantage dans cette mission. Par contre, en parallèle à l’exposition, un ouvrage intitulé « 500 ans de médecine » a été publié lui aussi dans le cadre des 30 ans du CHU de Liège. C’est une vraie recherche de Geoffrey Schoefs, Fabienne Lorant (journaliste) et Pierre Henrion (historien de l'art). Pour cet ouvrage, des contacts ont été nécessaires avec des médecins et chercheurs afin de retracer au mieux l’histoire de la médecine.

Comment ces œuvres ont-elles été choisies ? Pourriez-vous nous parler des richesses de cette exposition ?

Beaucoup d’œuvres proviennent des Pays-Bas, du Musée du Louvre, de Montpellier (plus ancienne Faculté d’Europe), d’Italie (notamment le tableau qui a servi de visuel sur les invitations) mais aussi de Belgique,  de la Province de Hainaut, de la Ville de Liège, de la Fondation Paul Delvaux. Elles viennent d’un peu partout et cela donne une belle diversité.

Si vous me demandez d’en pointer quelques-unes, dans les œuvres d’art anciennes, elles ont toutes un intérêt à des degrés divers mais il y en a une que je trouve particulièrement touchante. Elle vient du musée Sptizner (musée itinérant moitié 19eme siècle) qui circulait sur les champs de foires et au sein duquel on retrouvait toute une série de bizarreries, de monstruosité liés aux déformations, c’était un peu le cabinet des curiosités. Ce musée a un intérêt particulier pour son contenu et aussi car il a inspiré Paul Delvaux. Il l’a visité de nombreuses fois. Nous avons ainsi obtenu une pièce du musée et un dessin de Paul Delvaux afin de les mettre en parallèle.

Dans les œuvres, il y a quelques grands tableaux de ces musées étrangers où nous voyons des leçons d’anatomie qui sont véritablement prenantes. Il y a une série de tableaux assez particuliers qu’on doit à un artiste qui s’appelle Chicotot. Sa particularité est qu’il a d’abord été artiste puis médecin. Il a voulu élever la peinture qui touche à la dissection du corps humain à un niveau de genre. C’est vraiment particulier car on y retrouve une précision technique très importante.

Il y a eu également des œuvres réalisées spécialement pour l’exposition. Par exemple, Nicolas Kozakis qui travaille souvent sur le principe de recouvrir des objets avec des feuilles d’aluminium. Il a recouvert un lit d’hôpital qui date des années 70 et nous avons réussi à recréer une ambiance de chambre autour de celui-ci. La médecine souvent liée à l’Ordre religieux, une sculpture de Saint a été réalisée par Sophie Langohr (Une none qui s’occupe d’un malade).

Des artistes liégeois ont-ils contribué à cette exposition?

Beaucoup d’artistes liégeois sont représentés dans l’exposition comme Gérard de Lairesse, Demarteau (art ancien) mais aussi l’art Contemporain avec Patrick Corillon, Jacques Charlier et d’autres.

Au cœur de l’exposition, l’artiste Laurence Dervaux, tournaisienne,  a réalisé une impressionnante œuvre de 3m sur 2m qui consiste en un ensemble de récipients qui sont remplis d’une eau colorée rouge et qui représente le sang. L’ensemble évoque les battements du cœur en 1h28 (Matérialisation du sang). Cette œuvre est assez impressionnante et belle grâce aux différentes notions de rouges.

Je trouve que le mélange d’étrangers, de liégeois, cela donne une idée complète de la question.

Pour exemple, l’exposition possède aussi une très grande photo d’Andres Serrano, photographe new yorkais, où nous voyons un pied dans une morgue avec la housse.

Cette exposition si complète permet de donner un parcours historique à la médecine. Elle montre comment la médecine a évolué à travers les années ainsi que les artistes par rapport à ce thème-là. C’est une exposition qui a des touches d’humour, elle rend hommage au CHU de Liège notamment grâce à un couloir avec des lambris réalisés par Charles Vandenhove et par la reproduction d’un ascenseur du CHU de Liège qui ouvre l’exposition.

Exposition jusqu'au 17 septembre 2017 au Musée "La Boverie" à Liège.

Une coproduction du Centre International d’Art et de Culture (CIAC) de la Ville de Liège, du Centre wallon d’Art Contemporain et du CHU de Liège. Exposition organisée dans le cadre du 30e anniversaire du CHU de Liège.